M. Malaquias évoque la situation de la politique étrangère de l’Angola

Par Assis Malaquias
Mis à jour le 27.07.2011

spotlight_malaquiasM. Assis Malaquias est professeur titulaire de la chaire d’économie de la défense au Centre d’études stratégiques de l’Afrique. À ce titre, il supervise l’élaboration du cursus et des programmes d’études dans le domaine de l’économie de la défense, en accordant une attention particulière aux pratiques rationnelles de gestion des ressources du secteur de la sécurité en Afrique, à la relation entre la stratégie en matière de sécurité et l’affectation/l’utilisation des ressources nationales, ainsi qu’à des modèles budgétaires et d’acquisition adéquats en Afrique. Ses recherches actuelles se concentrent sur la sécurité de l’économie politique en Afrique centrale et australe. Dans cet entretien, l’universitaire présente les grandes lignes de son dernier mémoire de recherche.

Vous avez récemment publié un mémoire de recherche intitulé « Angola’s Foreign Policy: Pragmatic Recalibrations » (La politique étrangère de l’Angola : réajustement pragmatique). Pourquoi l’Angola ? (Lien vers le mémoire de recherche)

L’Angola est un pays important à de nombreux égards. En tant que grand producteur de pétrole, il doit figurer dans les calculs mondiaux concernant la sécurité énergétique. Sa position géostratégique en Afrique en fait un pays extrêmement important pour la sécurité de plusieurs régions : l’Afrique australe, l’Afrique centrale et le golfe de Guinée. L’Angola compte l’une des économies les plus dynamiques en Afrique, voire même au monde. Il dispose d’un vaste secteur de la sécurité qui est expérimenté et a fait ses preuves. La longue guerre civile de ce pays étant terminée, le secteur de la sécurité de l’Angola est en quête d’opportunités nationales, sous-régionales et régionales pour demeurer pertinent. Ceci peut favoriser la stabilité ou engendrer une instabilité. Enfin, ce pays est, de façon croissante, perçu comme le symbole d’un paradigme émergent de développement en Afrique, qui associe une forte centralisation politique à une apparence de démocratie et à un secteur de la sécurité solide de façon à parvenir à la stabilité et à une croissance économique rapide, et tout cela au sein d’une économie politique de recherche de rente et dans la plus grande opacité.

Votre mémoire analyse de façon approfondie les relations de l’Angola avec la Russie et la Chine, de l’époque de la guerre froide à aujourd’hui. Mais vous déclarez également que la Chine a remplacé la Russie auprès de l’Angola en tant que nouveau « meilleur ami ». Comment et pourquoi est-ce arrivé ?

La guerre froide s’est terminée vers l’époque où l’Angola a connu une fausse transition de paix en 1991-1992. Du jour au lendemain, l’ex-Union soviétique, principal bailleur de fonds étranger de l’Angola, a disparu. La Russie, qui lui a succédé s’intéressait davantage à la coopération avec les pays occidentaux qu’à conserver les alliances géostratégiques mondiales qui définissaient les relations internationales au cours de la guerre froide. Ainsi, dans une grande mesure, l’Angola est devenu un « orphelin » de la guerre froide. Pour survivre au sein d’un nouvel environnement international, et compte tenu de ses problèmes intérieurs constants à l’époque, la guerre civile ayant repris en 1992 et duré jusqu’en 2002, l’Angola avait besoin de nouveaux amis. Ses tentatives de se faire des amis dans l’Ouest n’ont pas donné de résultats positifs en raison principalement de la mauvaise gouvernance du pays. Repoussée par l’Occident, il s’est tourné vers l’Est, constatant que la Chine était désireuse de devenir son nouveau meilleur ami.

De toute évidence, le pétrole joue un rôle central dans la vie en Angola, en particulier en ce qui concerne son économie. L’Angola prend-il actuellement des mesures efficaces pour se diversifier afin de moins dépendre de cette matière comme d’autres États producteurs de pétrole l’ont fait ?

En un mot, non. Une grande partie de l’économie angolaise dépend du pétrole. L’Angola n’est pas beaucoup parvenu à diversifier son économie après qu’elle se soit presque totalement effondrée lorsque la plupart des colons portugais qui contrôlaient tous les secteurs de l’économie, à l’exception de l’agriculture de subsistance en milieu rural, ont quitté le pays dans les mois qui ont précédé l’indépendance en 1975. La situation économique désastreuse a été aggravée par près de trois décennies de guerre. Même dans des circonstances idéales, la reconstruction et la diversification de l’économie auraient été des tâches ardues. Toutefois, pendant les décennies de guerre civile, la recherche de rente et l’opacité qui caractérisent l’État angolais se sont développées. La classe politique/économique dominante est aisément à même de s’approprier les revenus du pétrole et elle est peu poussée à poursuivre des opportunités économiques dans d’autres secteurs où davantage de compétences/d’efforts pourraient se révéler nécessaires.

D’après vos recherches, les relations entre les États-Unis et l’Angola sont bonnes sur le plan économique et complexes sur le plan politique, voire irritantes parfois. Pourquoi ?

L’Angola et les États-Unis ont d’importants intérêts économiques en commun. Par exemple, les compagnies pétrolières américaines ont joué un rôle essentiel dans le développement du secteur pétrolier en Angola depuis la découverte dans les années 30 de ce bien précieux dans le pays. Ces sociétés sont restées en Angola, même au cours de la guerre civile. Mais, à mon avis, l’Angola et les États-Unis ne partagent pas encore complètement les mêmes valeurs politiques fondamentales. Par conséquent, il est normal de trouver parfois des dissensions dans les relations bilatérales entre les deux pays.

Comment envisagez-vous la politique étrangère de l’Angola dans la prochaine décennie ?

À l’échelle régionale/continentale, l’Angola va tirer partie de sa grande richesse pétrolière et de son puissant secteur de la sécurité pour projeter et asseoir son influence, principalement afin de répondre aux demandes des gouvernements qui considèrent que c’est un modèle de transition du conflit vers la paix et de passage réussi à la sécurité et à la croissance économique. Ceci peut avoir des effets potentiellement positifs (par exemple en Guinée-Bissau, où l’Angola contribue à la reconstruction du secteur guinéen de la sécurité) et négatifs (par exemple en Côte d’Ivoire, où l’Angola aurait soutenu les derniers efforts vains de Gbagbo pour rester au pouvoir). Au niveau international, l’Angola poursuivra sa collaboration étroite avec la Chine. Toutefois, reconnaissant les vulnérabilités potentielles de la Chine et les dangers de reposer excessivement sur un seul partenaire stratégique, l’Angola est susceptible de répartir ses risques en s’intéressant à d’autres pays. Les relations avec l’UE, les BRIC (le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) et l’Afrique du Sud, ainsi que les États-Unis feront l’objet d’une attention accrue.